Genèse, origine historique, devise, principe

Genèse

Notre histoire pourrait commencer par un conte de fées.

Il était une fois deux amis qui, à en croire les témoins seraient les déclencheurs, les promoteurs de la création du Sarto. L'un d'eux serait Mgr Garnier, Chancelier de !'Archevêché de Chambéry, Maître de chapelle. Le second le Procureur Général Guétat, imminent juriste, défenseur des causes justes contre les causes puissantes.

Tous deux monopolisant l'estime générale en Savoie.

Ces deux amis se retrouvaient régulièrement,à l'heure du thé,dans le sombre arrière café «La Chapelle» de la mère Million, rue Croix d'Or à Chambéry, ou celui tenu par «la Mère Bove» tout à côté pour trinquer le verre de l'amitié sous les auspices d'une délectable «Mondeuse». Mais cette dernière manquait parfois parce que trop rare ; les vignerons savoyards s'étant détournés de ce plan aussi capricieux qu'aristocrate.

Ce rendez-vous à deux, bientôt célèbre, élargi aux amateurs - il y en avait ! - finit par prendre l'allure d'un véritable meeting de protestation contre l'abandon de ce cru typique .

Ces deux amis ne manquaient d'ailleurs point d'entraîner à «la Chapelle» - quand par bonheur il se trouvait dans la cité des Ducs - le compositeur de Saint-Pierre-de-Curtille, Ernest Luguet.

Telle est la genèse, selon ce dernier, de la Compagnie du Sarto qui concourut à une première séance le 14 Août 1953.

Origine historique

La Compagnie du Sarto est une personne morale régie par la Loi du 1er juillet 1901. Elle a été fondée en 1955. Les statuts ont été déposés à la Préfecture de Savoie le 27 Juin sous le N° 00073. Sa parution au Journal Officiel de la République Française est datée du 16 Juillet sous le N° 168 (page 7174). L'Assemblée Générale constitutive ayant eu lieu le 11 Juillet de la même année.

À l'origine les fondateurs de la Compagnie avaient décidé d'axer leur action sur les vins de Savoie.

La Compagnie du Sarto est «une Association ouverte sur le monde». Elle a pour objet, sans que cette énumération soit exhaustive :

  • L'encouragement à un idéal de fraternisation, d'amitié et de solidarité dans un esprit de compagnonnage.
  • La création de liens sociaux
  • La reconnaissance, la défense et le développement des valeurs traditionnelles du terroir et de l'esprit.
  • Le soutien, chaque fois que la compagnie en a la volonté et les moyens, à des œuvres sociales et humanitaires.
  • La mise en œuvre de moyens d'action et de communication propres à l’administration, à la gestion et à l'animation de l'Association.

«Pour être de son temps, il faut avoir le sens du passé»

Devise

Sabaudiae Animus Robur Terrarum Orbis

Souffle de Savoie, Force du Monde

Principe

La Compagnie du Sarto est ouverte aux principes de la Philosophie pluraliste et aux idées de la doctrine personnaliste, forte de principes humanistes exemplaires ayant pour but suprême le développement illimité des possibilités de l'homme et le respect réel et permanent de la dignité de la personne humaine, ce qui constitue, à l'évidence, une morale d'action et un projet de société fraternelle. Certains témoins identifient la Compagnie du Sarto à une certaine éthique épicurienne faisant en sorte que le bonheur soit la récompense de la sagesse, de la culture de l'esprit et aussi de la pratique de la vertu. Ainsi, la Compagnie du Sarto est bien «une Association ouverte sur le monde»

Les fondateurs

Ernest LUGUET

ernest luguetIl naquit en 1897 à Saint-Pierre-de-Curtille (Savoie). Elève studieux, il fait ses études au collège de Rumilly. Très tôt il s'intéresse à la politique (il aspire à la députation) mais rapidement il abandonne ce milieu pour se consacrer à la composition musicale. Il constitue et dirige plusieurs chorales régionales à Chambéry, Aix-les-Bains, Saint Pierre de Curtille etc...

À Paris il rencontre des musiciens réputés, et il est fort apprécié par les Membres de la Schola Cantorum qui lui font certaines propositions honorifiques, mais il refuse voulant rester dans sa Savoie natale.

Il crée plusieurs pièces symphoniques qui seront auditionnées dans de grandes salles parisiennes et entendues sur les ondes radiophoniques. Elles seront d'ailleurs diffusées pendant un certain temps au cours d'une rubrique hebdomadaire de Radio Lyon. Sa dernière pièce « Les Orphiques » restera inachevée.

Il est l'auteur de très nombreuses œuvres folkloriques ayant trait, pour beaucoup, à sa chère Savoie.

C'est en 1955 qu'avec quelques amis il fonde la « Compagnie du Sarto Savoyard » car il voulait « Chanter les vins de Savoie, les faire apprécier et aider à leur plus grande diffusion » comme il l'écrit dans une lettre qu'il projetait d'envoyer à différentes personnalités.

Peu à peu de nombreuses sections appelées Vigilances ou Portiques prendront naissance dans toute la France et à l'étranger, notamment en Italie, donnant ainsi à cette Association une dimension internationale.

Ernest Luguet s'éteint dans sa Savoie, qu'il aimait tant, en 1985. Ses obsèques furent célébrées en l'église de Saint-Pierre-de-Curtille où il était entouré d'une foule de Compagnons, d’amis et de nombreuses personnalités dont le Président de l'Académie de Savoie dont il était membre. C'est ce dernier qui prononça son éloge funèbre.

Paul CHEMIN

Né en 1908, il entre dans l'entreprise de travaux publics de son père, entreprise qu'il propulsera au cours des ans au plus haut niveau national et international dans les domaines du Génie Civil, des ouvrages d'art, des travaux routiers, des bases aériennes, des bâtiments administratifs et industriels et.

Sa ville de prédilection est Aix-les-Bains où il se fait construire sa maison au Grand Port qu'il baptise
« La Revardaix ». En 1952 il est élu au Conseil Municipal d'Aix-les-Bains. Il assumera par la suite plusieurs mandats. Il participe activement au développement du Revard : pistes de ski, remontées mécaniques, constructions, etc.

Contacté par Ernest Luguet pour prendre la direction du futur Sarto, il refuse dans un premier temps, arguant du nombre de ses charges , comme l'atteste le manuscrit de Luguet. Il finit par en accepter l'idée et, finalement, le Sarto sera sa passion. Il en sera son premier Grand Chancelier et son mécène jusqu'à sa mort. Sans lui le Sarto n'aurait jamais pu prendre son essor et concrétiser son extension dans les premières années de son existence.

Cyril CONSTANTIN

Il est né en 1904 à Chambéry dans une famille de commerçants. Son père étant mobilisé, il doit très vite abandonner ses études pour aider sa mère dans le commerce familial.

Il est d'un esprit curieux de tout, inventif, n'hésitant jamais à aller de l'avant.

Sportif, c'est une force de la nature qui joue au rugby, fait de l'aviron, du ski, de la moto tout terrain. Il participe à des rallyes de Montgolfières, se passionne pour la mécanique et dépose son premier brevet national de « perfectionnement aux systèmes de carburateurs à carburant lourd ». Plus tard il inventera le pinceau rotatif.

Sa biographe, Evelyne DOMPNIER, souligne qu'il est un homme de communication, qu'il a le verbe haut, le rire éclatant, le goût de l'insolite, de la fête, voire des canulars. Mais c'est aussi un créateur génial.

Le Sarto sera l'une de ses passions. Non seulement il hébergera la première Frairie de l'histoire sartorienne mais il y consacrera un temps et une énergie considérable. On lui doit, entre autres, la conception de nos habits de dignitaires utilisés dès 1957. Il était si fier d'appartenir au Sarto que, présidant « avec brio » l'élection de Miss France Europe le 31/12/1958, il était vêtu d'un costume rouge cerise et était cravaté de l'ordre du Sarto.

Philologie, rituels et symboles, le Cœur d'Or du Sarto et le ruban d'honneur

Philologie

L'étude philologique du mot «Sarto» démontre que ce mot savoyard, popularisé par la Compagnie du Sarto, revêt dans nos patois les formes les plus diverses. Par exemple «Cetor" à Taninges, Annecy et Fribourg. «Forlo» à Thônes et Gruffy, «Ci Tour» à Neuchâtel, «Sertour» à Valloire et Vevey, «Sorio» à Chambéry, Rumilly et Albertville.

Un érudit de la Renaissance, Jacques Grept, donnait déjà, en 1550, l'explication suivante :

«Un serteau, c'est un cellier, une cave où l’on tient le vin» et où on le débite aussi, car il en fait le synonyme de «boutique» (apotheca). Dans l'ensemble, ce nom désigne aujourd'hui la construction dédiée aux travaux de la vigne et souvent située en bordure du vignoble. Il recouvre une aire qui va de Neuchâtel à Barcelonnette, et de Pérouges jusqu'à Sion et Suse (documentation reconnue par l'Académie florimontane à Annecy, le 6 Février 1971).

Alors pourquoi «Sarto» et non pas «Sartot», parce que providentiellement, le destin du Sarto se trouve inscrit dans son sigle «Sabaudiae Animus Robur Terrarum Orbis».

Rituels et symboles

coeur rubanChaque Compagnon, intronisé lors d'une cérémonie officielle et solennelle portant le nom de Frairie se doit de porter, lors de toute réunion, le symbole de la Compagnie du Sarto qui est un cordon rouge et blanc agrémenté de l'écusson de Savoie en son centre et auquel est suspendu soit un cœur soit un taste-vin. L'un com·me l'autre comporte en leur centre l'écusson de Savoie.

Sur proposition sa Vigilance ou de son Portique et après accord de la Chancellerie tout Compagnon peut accéder au Dignitariat après trois années de présence au Sarto. Cette distinction lui ouvre le droit du port du costume sartorien, réplique de celui que portait le Sénat de Savoie au 1?è siècle. Le cordon cité précédemment devient rouge, blanc et or. Cette distinction honorifique appelle au plus grand dévouement au service de tous les Compagnons.

Parce que le Sarto se veut un Ordre, une Représentation, un Enseignement, le Dignitaire revêt un costume représentatif dont la couleur est fonction de la Maîtrise choisie par le Compagnon. Par exemple, marron à revers vert pour la Maîtrise du Terroir, verte à revers rouge pour la Maîtrise de l'Académie, acier à revers rouge pour la Maîtrise des Arts et Industries, etc... Les Chanceliers et les Suprêmes Compagnons (anciens Chanceliers), Dignitaires élus au Conseil d'Administration (Chancellerie) , portent une robe rouge à revers blanc (couleur de la Savoie). Les dames dignitaires revêtent la longue cape noire avec parement sur le collet de la couleur de la maîtrise choisie.

Le Cœur d'Or du Sarto et le ruban d'honneur

L'action du Sarto étant orientée vers le Prestige, il convenait de la confirmer en décernant des distinctions de haute classe : ce sont le Ruban d'honneur et le Cœur d'Or.

  • Le ruban d'honneur est attribué sur décision de la Chancellerie à des personnalités que la Compagnie veut honorer. Il ne confère en aucun cas le titre de Compagnon du Sarto.
  • Le Cœur d'or est attribué à un Dignitaire ou à un compagnon par décision de la Chancellerie ou à une personnalité ou une institution que la Compagnie veut particulièrement honorer pour service rendu.

A chaque manifestation sartorienne les Compagnons reprennent en choeur les hymnes suivants :

"Le chant des Compagnons" composé par Ernest Luguet, un des membres fondateurs, poète et musicien, membre de l'Académie de Savoie.
"Les Allobroges". Hymne de la Savoie. Texte de Joseph Dessaix, écrivain populaire qui écrivit ces paroles en 1856 à l'occasion de la fête de la Constitution.

 

Notre jubilé

C’est durant les deux journées des 8 et 9 octobre 2005 que fut fêté le jubilé de la compagnie du Sarto.

Les Portiques d’Aix les Bains-les Bauges et Ducal-Chambéry eurent la grande part du travail à effectuer pour la tenue de cette importante manifestation.

Le samedi 8, dans l’après midi, c’est le Casino d’Aix les Bains qui accueillait les Compagnons et leurs amis. Dans le hall de cet établissement on pouvait admirer différents stands avec notamment la vitrine des attributs sartoriens, le stand du terroir, les mannequins costumés, une très originale présentation de nos divers habits, une carte représentant les différentes implantations de nos Portiques et Vigilances, une magnifique vitrine dans laquelle reposaient dans leurs écrins quelques reproductions de grande qualité des bijoux des Reines d’Italie. Nous avons eu aussi un grand intérêt pour les œuvres du peintre Cyril Constantin, l’un de nos fondateurs. Ces œuvres avaient été mises à notre disposition par sa fille Madame Despinette. Une vitrine était consacrée à des souvenirs d’Ernest Luguet le « Père » du Sarto.

Au niveau inférieur, dans le salon mauresque, on pouvait voire une rétrospective photographique sur la Savoie d’il y a 50 ans.

En fin d’après–midi avait lieu la Frairie Magistrale, dans la grande salle du théâtre du Casino, avec la participation de 550 compagnons et amis du Sarto. C’est au cours de cette cérémonie que furent remis des coeurs d’or et que le Grand Chancelier procéda à l’intronisation de nouveaux Compagnons le tout au son des cuivres de l’orchestre du conservatoire d’Aix les Bains. En conclusion la chorale de « la Pierre qui Chante » de Saint Pierre de Curtille interpréta des œuvres composées par notre « Père fondateur » Ernest Luguet.
A l’issue de cette cérémonie le cortège des Dignitaires et des Compagnons se rendit au parc du théâtre de verdure où une stèle était érigée pour marquer ce jubilé et un plan de vigne cépage « Mondeuse » était planté symboliquement. De là le cortège se dirigea vers les anciens thermes. C’est là que se déroula la partie « action sociale » par la remise au jeune Ancelin – enfant Aixois de 7 ans handicapé par une maladie orpheline – d’un chien d’éveil et d’aide à la vie courante. Ce chien avait été dressé par l’association lyonnaise handi’chiens.
Pour terminer cette journée les Sartoriens se donnaient rendez-vous au Casino pour le repas de gala. Au cours de celui-ci nous avons pu apprécier la chorale de la vigilance Alpe Dauphiné, le pianiste François Duchable et la cantatrice Vérene Andronikos.

Après une courte nuit ce sont encore 350 participants qui se rendaient le dimanche à Chambéry, 2ème lieu de création de notre Compagnie. Le Portique Ducal en charge de cette journée nous avait organisé une réception au château de Boigne. Puis à Chignin, au clos Dénarié la seconde stèle du Sarto fut dévoilée en présence des autorités, suivi d’un apéritif offert par la municipalité.

Pour terminer l’ensemble des festivités nous nous donnons rendez-vous dans les magnifiques salles à manger du château des Comtes de Challes pour le déjeuner d’adieu, déjeuner animé par une chanteuse accompagnée à l’orgue de barbarie.

Mais tout a une fin. Il était l’heure de se séparer et chacun prit le chemin du retour plein de joie dans les cœurs.

Notre 60ème anniversaire