Visite de la soierie Bonnet de Jujurieux et la cuivrerie de Cerdon
Portique des Dauphins
Ce jeudi 28 Août, 17 compagnons des portiques d’Aix les Bains et des Dauphins s’étaient donné rendez-vous pour une journée dont le thème était « soierie Bonnet de Jujurieux et cuivrerie de Cerdon. » Les usines de tissage Bonnet et la cuivrerie de Cerdon étaient en effet liées par un de forts intérêts économiques, la cuivrerie produisant les « bassines » utilisées pour tremper les cocons de soie et les dévider. Enchainer ces deux visites était donc plutôt pertinent et surprise celles-ci nous nous ont fait voyager jusqu’au Japon comme vous pourrez le lire ci-dessous.
Nous nous sommes retrouvés vers 10h00 au musée des soieries Bonnet pour une visite guidée d’environ deux heures. Après un pique-nique partagé convivial dans la tradition sartorienne et apprécié de toutes et tous, direction Cerdon pour la visite de la cuivrerie planifiée à 14h30. Nous avons été accueilli par une médiatrice du musée qui nous a expliqué l’origine de l’usine, son histoire et au final son rachat, tout comme pour la soierie, par le département de l’Ain soucieux de conserver ce patrimoine. Après ces intéressantes explications, visite libre de l’espace et démonstration de production d’un petit gobelet vide poche sur un tour à repousser. Nous nous sommes quittés vers 17h00. Tous les compagnons présents ont apprécié cette journée culturelle et amicale au cœur de la vallée de l’Ain.
Un peu d’histoire industrielle entre la vallée de l’Ain et Tomiaka Japon
Fondée à Lyon en 1810, la société Bonnet implante en 1835 à Jujurieux une usine-pensionnat, qualifiée en son temps d’établissement « le plus complet dans l’univers ». Reconnue pour son savoir-faire d’excellence, l’entreprise lyonnaise se développe du sud de l’hexagone jusqu’en Italie, en Pologne, Serbie Abyssinie, ou encore sur Londres, New-York et Paris. Les Soieries Bonnet ont longtemps été plus qu’une usine, mais bien une ville dans la ville. Chapelle, économat, cités ouvrières, école… Le site a accueilli plus de 13 000 ouvrières sur cent ans, et a même exporté son organisation paternaliste au Japon. L’aventure cerdonnaise de Charles-Eugène Main débute en 1836, au bord de la rivière de la Suisse, non pas dans le lieu qu’on connait aujourd’hui mais dans un bâtiment plus en amont. C’est le 30 mars 1867 que les Main achètent le moulin Brunod (bâtiment actuel), pour installer leur fabrique.
En 1858, la France et le Japon engagent leurs premières relations officielles par la signature le 9 octobre d’un traité de paix, d’amitié et de commerce. L’archipel nippon s’ouvre au monde après 250 ans d’isolement volontaire et le début de sa modernisation accélérée. Entre 1855 et 1860, deux maladies des vers à soie, la pébrine et la flacherie qui attaquent et tuent le ver à soie, se répandent en France et déciment les élevages ; c’est une véritable catastrophe nationale. L’industrie de la soie lyonnaise, mondialement réputée, est durement touchée. Les soyeux vont alors se tourner vers le Japon pour l’approvisionnement en vers à soie résistants à la maladie. En été 1865, le gouvernement shôgunal libéralise définitivement le commerce des graines.
Le Japon s’engage dans un processus de modernisation en s’inspirant de l’Europe et plus particulièrement de la France. Pour édifier la plus grande filature de l’époque dans le monde, le gouvernement Japonais recrute l’ingénieur français Paul Brunat (1840-1908) de la société Hecht-Lilienthal, originaire de Bourg-de-Péage. Brunat part en France au début de l’année 1871 pour commander tous les équipements nécessaires. Il parcourt la région de Lyon visitant de nombreuses entreprises. Les 300 bassines à dévider et filer les cocons sont commandées à la maison Main et Fils de Cerdon.
Jules Chatron, né le 30 avril 1845 dans un petit village près de Cerdon, entré chez Main et fils en 1855, parti au Japon en janvier 1872, arrivé le 12 février à Tomioka, est chargé de l’installation , de la mise en production et de la formation des employées .
Symbole de l’entrée du Japon dans le monde moderne industrialisé, la Filature de Tomioka a été inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en juin 2014 et classée Trésor National du Japon en octobre 2014.